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Le « traiteur »
On utilise souvent le terme « traiteur » ou « trafiquant de fourrures » à tort et à travers pour décrire quiconque s'intéresse au commerce des fourrures. L'image classique qu'on s'en fait est celle d'un homme vêtu d'une chemise en peau de daim et d'un chapeau de raton laveur, qui distribue eau-de-vie et babioles à des sauvages naïfs, en échange de fourrures dont la valeur est 10 fois plus élevée. Comme nous le verrons dans ce chapitre, le personnage est plus complexe que cette simple caricature. Dans les années 1770, la traite des fourrures au Canada était répartie entre deux grandes sphères d'intérêt. D'un côté, il y avait les « pedlars » ou trafiquants de Montréal qui avaient formé des associations indépendantes et vivaient sur place. De l'autre, il y avait la dite « Honorable » Compagnie de la Baie d'Hudson (CBH), qui avait son siège à Londres et qui bénéficiait d'une charte royale et de générations d'actionnaires proches du Parlement. Une âpre rivalité commerciale ainsi que des crises d'identité se développèrent rapidement entre les deux groupes. Les marchands de Montréal prétendaient que la traite des fourrures était un droit inhérent à tous les sujets Britanniques et c'est en faisant valoir ces droits qu'ils finirent par se distinguer fondamentalement des Anglais. Au lieu de s'en remettre à des employés mal rémunérés qui essayaient de convaincre les Indiens d'apporter leurs fourrures aux postes de traite, les traiteurs de Montréal se rendaient directement dans les campements indiens pour troquer leurs marchandises. Avec sa création et son développement, la Compagnie du Nord-Ouest (CNO) devint un lieu de rencontre des marchands montréalais d'origine écossaise, anglaise et américaine. Venaient s'ajouter à cette mosaïque culturelle des Canadiens français de tout acabit, un Noir nommé Pierre Bonga qui travaillait comme interprète, plusieurs Métis et un grand nombre de groupes autochtones. Les Français et la Compagnie du Nord-Ouest Jusqu'au début du XVIIIe siècle, la plupart des traiteurs français étaient regroupés en associations indépendantes. Dans les années 1740, plus le commerce basé à Montréal s'enfonçait à l'intérieur du continent, plus il fallait des capitaux importants; un certain nombre d'organisations de plus grande envergure furent donc constituées. La plupart étaient financées par des bourgeois français fortunés vivant à Montréal, dont certains avaient formé de petites compagnies pour prendre à bail des postes de traite et engager des travailleurs qui voyageaient dans l'ouest au printemps afin d'échanger des marchandises contre des fourrures. On essaya ainsi d'empiéter sur le territoire de traite de la CBH. Lorsque la guerre de Sept Ans fut déclenchée en 1756, le territoire de traite français s'étendait à travers la partie orientale du bouclier canadien jusqu'à la vallée supérieure du Mississippi, traversant les Prairies jusqu'aux contreforts des Rocheuses. Après la conquête britannique de la Nouvelle-France, la plupart des traiteurs et marchands de fourrures canadiens-français furent remplacés par des hommes d'affaires anglais et écossais, qui reprirent simplement le commerce montréalais des fourrures dans l'intérieur et établirent à nouveau des relations commerciales avec les groupes autochtones censés commercer avec la CBH. Même si les associés hivernants préféraient l'anglais, les activités quotidiennes de la CNO se déroulaient en français. Un certain McDonald de Garth évalua un associé de la façon suivante : « c'est un bon homme mais pas un traiteur : il n'a jamais pu apprendre à parler français ». Daniel Harmon, un traiteur à l'emploi de la CNO pendant 19 ans, confia même dans son journal durant l'un de ses nombreux voyages : « C'est comme si j'étais seul, il n'y a personne avec qui je peux échanger un mot d'anglais ». Il est intéressant de noter que huit des membres fondateurs du Beaver Club en 1785 étaient francophones alors que six étaient écossais, trois étaient des Anglais (les trois frères Frobisher), et seulement deux étaient des Américains (Peter Pond et Alexander Henry). Par suite des nombreux voyages faits à l'intérieur par les explorateurs et les coureurs des bois français depuis les années 1600 (au moins 30 états américains et 6 provinces canadiennes ont tout d'abord été « découverts » par des Français), et à cause de la présence importante et constante des voyageurs canadiens-français engagés par les compagnies de traite des fourrures, le français demeura la langue de l'industrie pelletière jusque dans les années 1840. Les colons et les visiteurs anglophones étaient souvent consternés de voir que leur langue était inconnue à l'ouest du lac Supérieur et que colons et trappeurs non autochtones, autochtones et métis les accueillaient en français. Il est également intéressant de constater que le territoire de traite de la CNO était dominé par les toponymes français. Les noms de lieux comme Sault-Sainte-Marie, lac la Croix, lac la Ronge, fort du Tremble, fort Vermillon, fort Bourbon, Grand Portage, Fond du Lac, lac des Serpents, île-à-la-Crosse, fort Dauphin, fort Qu'Appelle, Prairie-du-Chien, fort Espérance, lac à la Pluie, lac des Caribous, Roche Rouge, Grande Décharge, lac Travers, Portage de la Montagne, Portage des Noyés et Portage d'Embarras en sont de bons exemples. Les premiers voyageurs donnèrent également des noms français à de nombreux rapides et chutes, notamment : Les Chats, La Chaudière, Les Allumettes et le lac Calumet, pour n'en nommer que quelques-uns. Les Canadiens français au sein de la CNO étaient pour la plupart des voyageurs et, partant, appartenaient à une classe de travailleurs distincte de celle des dirigeants. On comptait cependant parmi les commis, les associés et traiteurs quelques Canadiens français qui faisaient exception. Malgré tout, les francophones demeuraient une minorité dans cette entreprise dominée par les anglophones. Voici quelques données biographiques sur plusieurs associés et traiteurs Canadiens français. Charles Chaboillez (1772-1812) : Fils de Charles-Jean-Baptiste Chaboillez, il fut éduqué au Collège de Montréal. Il entra au service de la CNO en 1793 au moment où sa fille Marie-Marguerite épousa Simon McTavish. Pendant de nombreuses années, il servit dans le district de la rivière Rouge et de l'Assiniboine. Entre 1807 et 1809, il était stationné au Pic, sur le lac Supérieur. Il se retira de la traite des fourrures en 1809 et fut élu membre du Beaver Club. La même année, il ramena avec lui quatre enfants métis qui furent baptisés à Terrebonne. En 1811, il épousa Jessy Dunbar Selby Bruyères, fille du capitaine John Bruce, adjudant du 10e bataillon de vétérans. Il fut enterré à Terrebonne, Québec, où vivent toujours certains de ses descendants. François-Amable Trottier, dit Desrivières (1764-1830) : Appelé aussi Francis, cet homme d'affaires et fonctionnaire de Montréal est issu d'une famille qui s'adonnait activement à la traite des fourrures. Son père Amable était un traiteur de même que son frère Hippolyte, qui fut élu membre du Beaver Club en reconnaissance de son travail. Lorsque François atteint l'âge de 12 ans et quelques années après la mort de son père, sa mère Charlotte épousa James McGill; François entra par la suite dans la firme de McGill. à l'exemple de McGill, de William McGillivray et d'autres, Desrivières en vint à posséder une grande propriété sur le mont Royal à Montréal. Après la dissolution de la firme de McGill en 1810, Desrivières et ses associés fondèrent Desrivières, Blackwood and Co. afin de poursuivre les activités de l'entreprise de son beau-père, notamment la traite des fourrures dans le Sud-Ouest. Opposé à la construction d'une université anglophone à Montréal, projet cher à McGill, Desrivières intenta une série de poursuites, voulant garder pour lui-même la propriété et le legs laissé par son beau-père pour la fondation d'une université. Ses tentatives échouèrent. Son fils fut baptisé James McGill Guy Desrivières, mais n'utilisa jamais ses deux premiers noms. Jacques Giasson (1747-1808) : Ce traiteur né à Montréal suivit l'exemple de son père qui avait fait la traite des fourrures à la baie Verte durant le régime français et s'adonna à la traite dans le Sud-Ouest pendant toute sa vie. Il fut élu membre du Beaver Club en 1791. En 1807, la saison débuta par l'élection de cinq membres, qui proposèrent que le nom du Club soit remplacé par celui de Club des Voyageurs. La question fut mise aux voix. Jacques Giasson, qui appartenait au Club depuis 16 ans, annonça, intraitable, que si le nom original était conservé, il quitterait le Club. Lors du vote, six étaient en faveur du nouveau nom et six voulaient garder l'ancien; la question fut donc tranchée à pile ou face. Face gagna et le vieux nom fut conservé. Giasson ne retourna jamais au Club et mourut en 1808. Joseph Maurice Lamothe (1781-1827) : Il fut traiteur, officier de la milice et fonctionnaire au département des Affaires indiennes. C'est grâce aux contacts de son oncle maternel, le traiteur Maurice-Régis Blondeau, qu'il obtint le poste de commis de Pierre de Rastel de Rocheblave au sein de la Compagnie XY. Après avoir été affecté à Grand Portage, Lamothe se rendit jusque dans la région de la rivière de la Paix. En 1803, un traiteur de la CNO agressa Lamothe, que ce dernier tua d'un coup de feu. Même s'il ne fut jamais accusé, cette affaire tourmenta Lamothe pendant des années. Il travailla au département des Affaires indiennes comme agent et servit durant la guerre de 1812 à titre de commandant d'un contingent d'Indiens sous les ordres du lieutenant-colonel Charles-Michel d'Irumberry de Salaberry. Il reçut une mention élogieuse pour sa participation à ce conflit. Nommé capitaine, Lamothe travailla dans la vallée de l'Outaouais pour le département des Affaires indiennes. Il fut élu membre du Beaver Club en 1815. Il mourut en 1827, et sa veuve obtint une pension similaire à celle accordée aux veuves des officiers de l'armée régulière. François-Antoine LaRocque (1760?-1815) : Ce traiteur entra au service de la Compagnie XY en 1801 et fut affecté à la rivière Churchill, à fort des Prairies. Il était commis à la rivière Rouge lorsque la CNO fusionna avec la Compagnie XY. En 1804, il se rendit en territoire mandane et se retira de la traite des fourrures en 1815; il fut élu membre du Beaver Club la même année. Il vécut ses derniers jours dans la pauvreté, habitant le couvent des sœurs grises à Saint-Hyacinthe, Québec. Joseph LaRocque (1787?-1866) : Frère de François-Antoine, ce traiteur entra au service de la Compagnie XY en 1801. En 1804, il devint commis de la CNO à la rivière Churchill. Plus tard, Joseph fut transféré sur la côte du Pacifique; il était en compagnie de John George McTavish, ami de Simon McTavish, lorsque la CNO accepta la reddition des Américains d'Astoria. Joseph demeura sur la côte du Pacifique durant quelques années et retourna au fort William en 1817. Entre 1817 et 1820, il fut nommé associé au sein de la CNO, et au moment de la fusion de 1821, il devint chef de poste à la CBH. En 1830, il abandonna la traite des fourrures et déménagea en France, où il vécut une quinzaine d'années. Il revint à Montréal en 1857 et y mourut en 1866. Laurent Leroux (1759-1854) : Fils d'un marchand d'origine parisienne, Laurent fut engagé comme commis à Michillimakinac en 1776. En 1784, il entra comme commis dans la firme de Gregory, MacLeod and Co. à l'automne de 1786, il fut le premier non-autochtone à poser le pied sur le bord du Grand lac des Esclaves, où il construisit le fort Résolution. à la demande d'Alexander Mackenzie, qu'il accompagna durant ses voyages, il érigea le fort Providence en 1789. Il épousa « à la façon du pays » une amérindienne de la nation des Sauteux (Ojibwés), qui lui donna quatre enfants. En 1792, il quitta l'Ouest et épousa Marie-Esther Loisel à l'Assomption, Québec. Dans les années 1790, il organisa la production des « ceintures fléchées » portées par les voyageurs. Il acheta également plusieurs propriété de grand prix. En 1817, il devint l'un des rares actionnaires canadien-français de la Banque de Montréal. Avant sa mort en 1856, Leroux servit également comme capitaine de milice et major, trésorier d'un conseil d'école et député à l'Assemblée du Bas-Canada. Le centre socioculturel francophone de Yellowknife (la capitale des Territoires du Nord-Ouest, Canada) porte aujourd'hui son nom. Jacques Porlier (1767-1838) : Ce traiteur est né à Montréal en 1767. En 1791 environ, il se rendit à la baie Verte et s'y adonna à la traite des fourrures. Même s'il se consacrait surtout à la traite dans le Sud-Ouest, il avait de bonnes relations avec les traiteurs de Montréal. Il fut élu membre du Beaver Club en 1801. Il mourut à la baie Verte en 1838. Pierre de Rastel de Rocheblave (1764-1840) : Fils d'un officier français, de Rocheblave fut l'un des membres fondateurs de la Compagnie XY en 1798. Lors de la fusion de la CNO avec la Compagnie XY en 1804, il devint un associé hivernant pour le compte de la CNO et fut mis en charge du district de l'Assiniboine. En 1807, il fut élu membre du Beaver Club. De 1807 à 1810, il fut responsable du département de l'Athabaska, puis de 1810 à 1812 de celui du Pic, sur le lac Supérieur; en 1814, il fut nommé agent chargé de représenter les intérêts de la CNO dans le Sud-Ouest. En 1816, il devint associé de la McTavish, McGillivrays and Co. De 1816 à 1821, il assista en qualité d'agent de la CNO aux réunions annuelles au fort William. En 1821, il abandonna la traite des fourrures, mais lors de la faillite de la McTavish, McGillivrays and Co., il fut chargé temporairement des affaires du bureau de Montréal jusqu'à ce que la CBH les reprît en main. De 1824 à 1827, il représenta la circonscription de Montréal-Ouest à l'Assemblée législative du Bas-Canada. En 1832, il fut nommé membre du Conseil législatif du Bas-Canada et en 1838, il fut appelé au Conseil spécial. Il mourut à Montréal en 1840. Dominique Rousseau (1755-1825) : C'était un orfèvre et un homme d'affaires de Montréal. En 1802, il tenta de s'établir à Grand Portage avec Paul Hervieux et 10 autre hommes afin de se livrer à la traite des fourrures. Il avait déjà engagé plusieurs voyageurs dans le passé en qualité de traiteur indépendant. Mais la CNO attaqua l'expédition qu'elle considérait comme dangereuse. Cette querelle dura un bon moment, car la CNO voulait empêcher Rousseau de commercer dans les zones qu'elle exploitait. La CNO interdit également à ses engagés de commercer avec Rousseau et Hervieux, sous peine de représailles. En 1806, Rousseau essaya une nouvelle tactique contre la CNO, dont les associés, en particulier William McGillivray, étaient en assez mauvais termes avec lui. En plus de ses 47 hivernants établis dans le sud de Michillimakinac, il envoya une expédition dans le Nord-Ouest, dirigée par un de ses voyageurs, François Hénault, dit Delorme. La CNO eut vent cependant de cette expédition et chargea quelques hommes d'exercer une surveillance et d'abattre des arbres pour lui bloquer la route. Le conflit fut réglé devant les tribunaux et se solda par la signature d'accords qui devaient conférer un quasi monopole à Rousseau à Michillimakinac. Par ces manœuvres contre la CNO, il essaya d'arracher une part du marché lucratif des fourrures. Il reçut un important appui de la part de plusieurs traiteurs francophones, ce qui évoque une certaine solidarité francophone dans le cercle anglophone de la traite des fourrures. Venant Saint-Germain (1751-1821) : Ce traiteur est né à Deux-Montagnes, Québec, et s'adonnait à la traite à Grand Portage dès 1777. En 1784, il était le second d'Edward Umfreville lors de l'expédition qui partit du lac Nipigon en direction du lac Winnipeg. En 1790, il fut élu membre du Beaver Club, mais ne fut jamais un associé au sein de la CNO; il commerçait plutôt comme traiteur libre avec la permission de la CNO. Les Métis et la Compagnie du Nord-Ouest La population métisse telle qu'on la connaît aujourd'hui est issue des mariages entre les voyageurs et associés français de la CNO et des femmes de la tribu des Cris, des Chipewyans et des Sauteux. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les voyageurs français furent les premiers à s'établir avec leur famille autochtone, et furent plus tard imités par les employés de la CNO. La traite des fourrures attira de nombreux Blancs dans l'Ouest, où ils épousèrent des Indiennes « à la façon du pays » sans cérémonie religieuse ou civile officielle. à la différence de la CBH, qui interdisait toute relation étroite entre traiteurs et Indiens, la CNO n'imposa pas de tels interdits pour les relations avec les femmes autochtones. Dans bien des cas, les enfants de ces unions furent intégrés dans la Compagnie à titre de commis, d'interprètes et de voyageurs. Au milieu du XVIIIe siècle, une importante population métisse vivait dans la région des Grands Lacs. De nombreuses communautés de cabanes en bois ronds se formèrent à certains endroits comme à Sault-Sainte-Marie. Déjà en 1812-1814, on comptait environ 1000 Métis dans la région. Certains habitants travaillaient la terre alors que d'autres faisaient fonction de voyageurs ou de chasseurs pour des traiteurs. La diminution des stocks de fourrures et l'arrivée de colons en provenance de l'Est força les Métis à se déplacer de plus en plus vers les Plaines, où naquit une véritable culture métisse. Au début du XIXe siècle, un nombre croissant d'entre eux s'étaient établis dans la vallée des rivières Rouge et Assiniboine, dans ce qui constitue aujourd'hui le Manitoba. à titre de pourvoyeurs de la CNO, les Métis exerçaient les métiers de trappeur, de traiteur et de canoteur. Ils organisaient également la chasse commerciale au bison. Nombre d'entre eux chassaient le bison et approvisionnaient les compagnies de traite en pemmican. La plupart étaient d'excellents chasseurs de bison, et cette activité devint partie intégrante du cycle annuel de traite. Une façon de vivre particulière était donc en train de voir le jour sur les lopins de terre étroits qui s'étiraient de chaque côté des rives de la rivière Rouge. Les unions d'hommes européens et de femmes autochtones étaient monnaie courante dans les premiers temps de la colonisation du Canada et pendant toute la période de la traite des fourrures. Ni en Nouvelle-France ni dans la région des Grands Lacs, cependant, les enfants nés de ces unions se considéraient comme appartenant à une ethnie distincte de celle de leurs parents. Il étaient habituellement élevés comme des Indiens. Ce n'est que dans les années 1800 que ces personnes nées du croisement de nations différentes commencèrent à se considérer comme un groupe ethnique distinct, différent des Indiens, des Français, des Anglais et des écossais. L'isolement géographique et social, une histoire et un mode de vie communs de même que l'âpre rivalité entre la CBH et la CNO encouragèrent l'émergence d'une nouvelle identité. Cette identité métisse s'exprima pour la première fois lorsque la CBH concéda à lord Selkirk des terres le long de la rivière Rouge pour l'établissement d'une colonie agricole. La CNO clama que cet établissement était directement situé sur sa principale route commerciale en partance de Montréal. La CNO avertit les Métis que les colons s'empareraient de leurs terres et détruiraient leur gagne-pain. Les dirigeants de la nouvelle colonie semblèrent confirmer ces intentions lorsqu'ils interdirent la poursuite du bison à cheval ainsi que la vente de pemmican à la CNO. C'était porter un coup au cœur même de la culture et de l'économie métisses. Si certains Métis écossais appuyèrent la venue des nouveaux colons et les aidèrent à construire leur maison, de nombreux autres Métis, cependant, s'opposèrent au projet de colonie de crainte qu'il ne portât atteinte à leurs us et coutumes. Ce mécontentement fut alimenté par les associés de la CNO, qui jouèrent la corde nationaliste et incitèrent les Métis à revendiquer ces terres. Les Métis se regroupèrent autour de Cuthbert Grant, homme de la Nord-Ouest qui était fils d'un écossais de Montréal et d'une femme autochtone. Les Métis de diverses régions éloignées, notamment de Cumberland House et du fort Qu'Appelle vinrent prêter main-forte aux Métis de la rivière Rouge et un certain nombre d'escarmouches se produisirent entre Métis et colons. Au printemps de 1816, après un hiver de famine, Grant rassembla 60 chasseurs métis de bison et attaqua une brigade de la CBH qui transportait du pemmican et captura et dévalisa plus tard Brandon House, un poste de la CBH. à Seven Oaks, les Métis furent interpellés par 22 hommes de la CBH. L'inévitable échauffourée, appelée Massacre de Seven Oaks, fit 21 morts parmi les hommes de la CBH et une victime dans les rang métis, appelée « Batoche ». C'est à partir de cette période que des gens commencèrent à utiliser le terme « Métis » pour se désigner. Leur premier drapeau fut alors arboré, portant sur fond rouge le signe bleu de l'infini. Aujourd'hui, le drapeau métis est bleu et un signe blanc de l'infini y figure, symbole suggérant que les Métis vivront toujours. En 1821, la fusion de la CBH et de la CNO se solda par la fermeture de plusieurs postes et força de nombreux traiteurs et Métis à déménager dans la colonie de la Rivière-Rouge. En 1869, la population de cet établissement était composée de 5700 Métis francophones, 4000 Métis anglophones et 1600 non-autochtones. Voici quelques notes biographiques concernant un petit nombre de Métis qui étaient mêlés de près à la traite des fourrures pour le compte de la CNO. François Beaulieu (1771-1872) : Fils d'une Indienne de la nation dénée et du traiteur François Beaulieu, il accompagna Alexander Mackenzie lors de son expédition vers le Pacifique en 1793. Pendant de nombreuses années, il servit au fort Wedderburne, poste de la CBH situé en face du fort Chipewyan de la CNO. Il devint le principal chasseur du fort et joua un rôle important comme guide de Franklin dans ses explorations de l'Arctique. Il fut témoin de l'arrivée des premiers missionnaires dans l'Ouest et de l'expansion du peuplement. Lors de sa mort en 1872 à l'âge de 101 ans, il était l'un des chefs des Couteaux-Jaunes et parlait le français, l'anglais, la langue des Flancs-de-Chiens et des Couteaux-Jaunes. Son fils Pierre mourut également à un âge avancé, après avoir exercé les fonctions de voyageur, de trappeur et de guide. François Beaulieu est l'un des premiers Métis français-dénés dont le nom est passé à la postérité. Michel Bourassa : En compagnie de plusieurs autres Métis, il participa au massacre de Seven Oaks. Après une altercation entre un Canadien français du nom de François-Firmin Boucher et le gouverneur de la CBH, Robert Semple, Bourassa fut mêlé à l'échange de coups de feu entre 22 hommes de la CBH encerclés par plus de 60 Métis, Canadiens et employés de la CNO. Pierre Falcon (1793-1875?) : Il était le fils de Pierre Falcon, commis de la CNO, et d'une femme autochtone du Missouri. Tout comme son père, il joignit les rangs de la CNO. Il continua à s'adonner à la traite des fourrures jusqu'en 1825, année où il s'établit à Prairie-du-Cheval-Blanc. Il épousa Marie Grant en 1812, qui lui donna trois enfants. Même s'il n'avait jamais fréquenté l'école, il devint juge de paix. Il était présent au massacre de Seven Oaks en 1816, événement qui l'incita à écrire une chanson publiée en 1863. Cette chanson de même que d'autres sont encore populaires aujourd'hui parmi la population métisse. Cuthbert Grant (1796?-1854) : Fils métis d'un traiteur écossais actionnaire de la CNO, Cuthbert Grant naquit dans le Nord-Ouest mais fut éduqué à Montréal. Il retourna dans l'intérieur en 1815 et fut l'un des principaux dirigeants métis lors du massacre de Seven Oaks. Arrêté par Selkirk en 1817, il s'échappa de prison et fut plus tard employé par la CBH. En 1828, il reçut le titre de « surveillant des plaines ». Il fonda le village de Grantown (Manitoba), un établissement métis situé à l'ouest de la colonie originale de la Rivière-Rouge. Les écossais et la Compagnie du Nord-Ouest « Les écossais constituent de loin la majorité de la classe marchande à Montréal; ils contrôlent au moins les 4/5 du commerce. » (Lord Selkirk). « Les habitants des Highlands en écosse qui avaient été des leaders dans leur propre pays étaient bien placés pour s'acquitter d'une telle tâche (associés hivernants). Autonomes, capables de vivre à la dure, habitués aux communautés dispersées, leur caractère les préparait bien à leur nouvelle terre d'élection, et le système des clans, malgré ses nombreuses lacunes, a certainement produit des hommes qui savaient comment diriger les gens autour d'eux. » (Alexander Mackenzie). En 1763, les Français cédèrent leurs possessions en Amérique du Nord aux Britanniques. Par la suite, de nombreux écossais aisés émigrèrent d'écosse et des colonies américaines pour venir s'établir dans la nouvelle province de Québec. Les écossais allaient dominer le commerce des fourrures à Montréal, en ce sens qu'ils fournissaient la plupart des capitaux et des gestionnaires. En effet, la liste des associés de la CNO se lit comme le rôle d'une armée écossaise : à côté des McTavish et des McGillivray, on trouve les Mackenzie, les McDonald, les Fraser, les Grant et les McGill. Sur les 128 principaux marchands et associés au sein de la CNO entre 1760 et 1800, 77 étaient d'ascendance écossaise. La plupart de ces hommes venainet des Highlands écossaises et étaient les fils ou des proches parents de « tacksmen », des intermédiaires qui louent des terres d'un grand propriétaire pour ensuite les sous-louer. Certains s'étaient faits officiers dans l'armée britannique pour servir en Amérique du Nord et d'autres avaient émigré en Amérique à cause des sanctions imposées par les Britanniques pour mettre fin au système des clans. Le système des clans comportait à la fois un avantage et un inconvénient pour la CNO, de plus en plus dominée par Simon McTavish et son neveu, William McGillivray. Après 1800, 14 membres de ces deux familles travaillaient au sein de la CNO à titre de directeurs ou d'associés. Même Alexander Mackenzie, Simon Fraser, Angus Shaw et Charles Chaboillez étaient liés par le mariage à McTavish. Ces hommes étaient si nombreux à être apparentés que McTavish semblait présider une entreprise familiale. En fait, les Nor'westers étaient connus pour recruter leurs propres parents et il était de notoriété publique que les liens de sang étaient un gage de promotion. Plusieurs chercheurs ont essayé de cerner les facteurs qui ont permis aux Nor'westers écossais d'atteindre si rapidement une place prépondérante dans les affaires. L'appartenance à un même groupe ethnique, l'expérience militaire et l'adoption de méthodes commerciales efficaces utilisées par les Français ont toutes contribué à l'efficacité en affaires des expatriés écossais, qui occupaient la majeure partie des postes à la direction de la CNO. La structure sociale des clans écossais des Highlands peut aussi servir de modèle pour l'évaluation des structures de la CNO. Contrairement à ce qui se faisait à la CBH, l'employé de la CNO faisait entrer ses contacts personnels et familiaux dans l'entreprise, et ces liens de parenté et d'amitié influèrent sur la composition du personnel et les hiérarchies au sein de la Compagnie. Des études montrent cependant que le système des clans peut ne pas être la seule explication possible et qu'en fait, il a été démantelé par les Britanniques en 1746 et de nombreux chefs de clan ont manifesté leur loyauté envers la couronne d'Angleterre, trahissant ainsi les membres de leur clan. Par suite de cette trahison, les membres de clans ont exploré d'autres avenues pour assurer leur mobilité sociale et leur sécurité financière, contournant les loyautés familiales traditionnelles afin de participer à des réseaux de patronage non basés sur le clan établis sous le gouvernement britannique. La vallée de la Mohawk dans l'état de New York devint un important centre d'influence qui joua un rôle dans la composition du personnel et la structure de la CNO. C'est à cet endroit que les immigrants écossais s'intégrèrent dans les réseaux économiques, sociaux et politiques établis par l'écossais William Johnson, qui fut surintendant des Affaires indiennes à New York entre 1755 et 1774. Johnson était toujours en quête de candidats possédant les compétences militaires, linguistiques et politiques appropriées pour occuper des postes au sein du Département des Affaires des Indiens du Nord. Les soldats, officiers et immigrants écossais s'avéraient de bons candidats, car ils étaient travailleurs et habitués aux privations associées à la vie en régions éloignées. Les écossais étaient également le produit d'un milieu social et politique où le patronage régissait la plupart des aspects de la vie. Les relations de patronage de Johnson avec les expatriés écossais et l'appartenance à sa « famille » semblent avoir beaucoup contribué à la mise sur pied de la CNO. Une des premières connaissances de Johnson, Norman McLeod, devait lui rendre d'immenses services; celui-ci reçut en retour des terres. En 1776, McLeod se lança lui-même dans la traite à Détroit et devint plus tard un associé au sein de la firme Gregory, McLeod and Company, absorbée par la CNO en 1787. Une autre connaissance de Johnson d'origine écossaise, le lieutenant Hugh Fraser, procura à Johnson les services de soldats licenciés, qui devinrent ses locataires. Johnson aida également Fraser et son beau-père, John McTavish, à obtenir des terres en prime d'engagement militaire dans l'état de New York, où ils s'établirent avec des membres de leur famille. Un de leurs compatriotes, le fils de John McTavish, Simon, travailla comme commis pour Johnson et devint plus tard le directeur le plus puissant de la CNO. Johnson donna à Simon McTavish la chance d'acquérir une formation et une expérience directes dans la traite des fourrures et de goûter à la vie sur le front pionnier. Les hommes d'affaires écossais qui s'adonnaient à l'époque à la traite des fourrures dans des endroits comme Michillimakinac, Détroit et Albany étaient également forcés de respecter les règlements du Département des Affaires des Indiens du Nord et les politiques établies par Johnson. Au nombre de ces entrepreneurs figuraient Norman McLeod, James Phyn, Alexander Ellice, James McGill et John Richardson. Les locataires et les associés écossais de William Johnson purent établir d'importants contacts personnels et professionnels grâce aux liens qu'ils entretenaient avec celui-ci. Bon nombre de ces personnes fuirent par la suite au Canada durant la Révolution américaine et formèrent un noyau de marchands et de commerçants, unis également par des liens d'amitié et de mariage. Les activités économiques et politiques régies par Johnson contribuèrent à former et à inspirer plusieurs personnages clés qui par la suite façonnèrent le commerce des fourrures à Montréal. Le domaine de Johnson réunissait un groupe de personnes qui développèrent un sens communautaire et des loyautés nées du sang, lesquels devaient favoriser un certain esprit de famille parmi les directeurs et les associés de la CNO. Voici quelques données biographiques sur certains des nombreux écossais mêlés à la traite des fourrures à Montréal. John Forsyth (1762-1837) : Ce marchand entretenait des liens étroits avec les grandes familles Ellice de Londres et Richardson, qui étaient étroitement mêlées aux affaires et à la traite des fourrures. Forsyth émigra au Canada en 1779 et prit la direction de la firme Forsyth, Richardson and Co., laquelle contribua à la formation de la Compagnie XY. Il acquit des actions dans la CNO en 1804 et continua de se livrer à la traite des fourrures jusqu'à la fin des années 1810. En 1827, il fut nommé membre du Conseil législatif du Bas-Canada, poste qu'il occupa jusqu'à sa mort. Il fut élu membre du Beaver Club en 1807. Simon Fraser (1776-1862) : Il naquit en 1776 au Vermont de parents qui avaient émigré de l'écosse en 1773. En 1784, Simon et sa mère fuirent au Canada. Grâce à l'aide de son oncle, il put fréquenter l'école pendant deux ans avant d'aller rejoindre deux de ses cousins, Peter et Donald Grant, et se livrer en leur compagnie à la traite des fourrures. En 1792, il commença son apprentissage de commis à la CNO et fut envoyé dans la région de l'Athabaska en 1793. à titre d'associé, Fraser fut chargé entre 1805 et 1808 d'étendre les activités de la Compagnie à l'ouest des Rocheuses. Sa mission était de traverser les Rocheuses et de nouer des relations commerciales avec les Indiens à l'intérieur de ce qui est maintenant la Colombie-Britannique, mais que Fraser appela la Nouvelle-Calédonie. Il y érigea le fort McLeod en 1805, le fort St. James et le fort Fraser en 1806, et le fort George en 1807. Fraser reçut également pour tâche d'explorer un fleuve qu'on croyait être le Columbia jusqu'à son embouchure. Il ne s'agissait pas en fait du Columbia mais du Fraser, baptisé ainsi par David Thompson. En mai 1808, Fraser et 23 hommes quittèrent le fort George pour suivre ce fleuve jusqu'au Pacifique. Leur expédition de 520 milles qui dura 36 jours aboutit à la découverte par Fraser de l'embouchure du fleuve à Musqueam. Après ses explorations, Fraser retourna dans le département de l'Athabaska de la CNO. En 1818, après les procès qui firent suite aux troubles survenus à la rivière Rouge et qui se soldèrent par un acquittement, il s'installa à St. Andrews West et épousa, en 1820, Catherine MacDonell, qui lui donna 9 enfants. à l'âge de 62 ans, il prit les armes du côté britannique lors des Rébellions de 1837-1838; il subit une blessure qui devait grandement l'handicaper et mourut à l'âge de 86 ans. Alexander Mackenzie (1763-1820) : C'était un explorateur et un traiteur. Il émigra avec sa famille de l'écosse pour s'installer à New York en 1774. Il déménagea au Canada au début de la Révolution américaine et joignit en 1779 les rangs de la firme Gregory, McLeod and Co. à titre de commis. Il devint associé de la CNO lorsque sa firme fut absorbée par cette dernière en 1787. De 1788 à 1796, il commanda le fort Chipewyan dans ce qui deviendra plus tard l'Alberta pour le compte de la CNO. Se fondant sur les données fournies par Peter Pond, Mackenzie, accompagné de Laurent Leroux, d'un guide connu sous le nom de Chef Anglais, de ses deux femmes, de 5 voyageurs, de deux de leurs épouses ainsi que de deux jeunes Indiens, entreprit le 3 juin 1789 son voyage d'exploration, pour suivre un vaste fleuve coulant en direction ouest à partir du Grand lac des Esclaves à la recherche d'un passage au Nord-Ouest vers le Pacifique. Au lieu d'atteindre l'océan, ils arrivèrent à la mer de Beaufort dans l'Arctique. Mackenzie continua de se livrer pendant deux ans à la traite des fourrures et retourna en Angleterre pour y parfaire sa formation en cartographie et en navigation. Mackenzie revint au Canada en 1792, fort des connaissances et du matériel qu'il avait glanés. Il décida de se frayer un chemin vers l'ouest jusqu'au nouveau fort Fork, près du confluent des rivières de la Paix et Smoky. Il y passa l'hiver à préparer son second voyage. En mai 1793, Mackenzie entreprit la difficile traversée des Rocheuses par canot et par voie de terre. En juillet 1793, Mackenzie et son équipage atteignirent l'océan Pacifique près de la Bella Coola, en Colombie-Britannique. Malgré ses efforts, la route qu'il avait tracée ne s'avéra d'aucune utilité pour la CNO, car elle était trop difficile pour être utilisée comme voie de commerce. Mackenzie retourna à Montréal et exerça les fonctions d'agent pour la CNO jusqu'en 1799. Cette année-là, il coupa les liens avec Simon McTavish et se rendit en Angleterre, où il publia ses récits de voyage et fut fait chevalier. En 1803, il revint au Canada et devint un des associés principaux dans la Compagnie XY. Il redevint associé au sein de la CNO lorsqu'elle fusionna avec sa rivale, la Compagnie XY, en 1804. Après avoir occupé un siège à l'Assemblée législative du Bas-Canada de 1804 à 1808, Mackenzie se maria en 1812 et acheta un domaine en écosse. Il mourut en Grande-Bretagne en 1820. James McGill (1744-1814) : Ce traiteur et marchand passa son premier hiver en territoire indien en 1766. Il se trouvait à Michillimakinac en 1767 pour surveiller le départ des canots et entreprit de commercer pour son propre compte. Il déménagea à Montréal en 1774 et se lança dans la traite des fourrures avec Isaac « By Jove » Todd, un Irlandais établi à Montréal. En 1776, Todd et McGill fondèrent la firme Todd, McGill and Co., qui importait des marchandises directement de Londres. Par l'intermédiaire de McGill, les firmes londoniennes approvisionnaient des hommes d'affaires comme John Askin à Détroit et Andrew Todd à Michillimakinac. En 1776, McGill épousa Charlotte Guillimin, veuve de Joseph-Amable Trottier, dit Desrivières, et mère du traiteur François-Amable Trottier, dit Desrivières. Bien que McGill et Todd eussent pris part à la première entente d'association de la CNO en 1779, ils abandonnèrent la traite dans le Nord-Ouest cinq ans plus tard pour concentrer leurs activités dans la région du Mississippi et du lac Michigan. élu membre du Beaver Club en 1785, McGill était co-associé dans la CNO en 1793-1793. Son rôle au sein de la CNO se limita par la suite à celui de commanditaire qui se portait garant de traiteurs et exportait en Grande-Bretagne. Une fois que Todd eut pris sa retraite en 1797, la firme fut rebaptisée James and Andrew McGill and Co. Elle fut dissoute en 1810, et la firme du gendre de McGill, François-Amable Desrivières, prit le relais. Actif en politique et commandant du 1er bataillon de milice de la ville de Montréal durant la guerre de 1812, McGill légua la propriété où s'élève aujourd'hui l'Université McGill à Montréal, de même que 10 000 £ à l'Institution royale pour l'avancement des sciences afin qu'elle fonde une université, tout en précisant que l'un des collèges devait porter son nom. Le premier McGill College, ce qui allait devenir l'université McGill, ouvrit ses portes en 1829. Willam McGillivray (1764?-1825) : Il émigra d'écosse au Canada en 1784 et entra au service de la CNO à titre de commis. Ses frères Simon et Duncan devinrent également mêlés à la traite des fourrures. En 1785-1786, il fut affecté au Département de la rivière Rouge, et en 1786-1787, il fut chargé d'établir un poste de traite au lac des Serpents; il y joua un rôle important dans la fusion de la CNO avec la firme Gregory, McLeod and Co. en 1787. Il devint l'un des associés de la CNO en 1790 en acquérant l'action de Peter Pond. Il se joignit à la firme McTavish, Frobisher and Co. en 1793. Il épousa à cette époque « à la façon du pays » une Métisse appelée Susan, dont il eut 4 enfants. En 1800, il épousa à Londres Magdalen McDonald, qui lui donna 6 enfants. à la mort de son oncle Simon McTavish en 1804, il lui succéda à la tête de la CNO. C'était un bon compagnon d'Alexander Mackenzie et un membre actif du Beaver Club. Le nouveau dépôt de la CNO bâti en 1807, le fort William, lui doit son nom. Il fut le maître d'œuvre de la politique de la CNO touchant la colonie de lord Selkirk et en 1816, il fut arrêté par Selkirk au fort William et envoyé à Montréal pour y subir son procès. Son frère Simon et lui aidèrent à négocier la fusion de la CNO avec la CBH en 1821 et, après la fusion, il devint membre du comité d'administration conjoint à titre de conseiller pour la gestion de la traite des fourrures. Il mourut à Londres à l'âge de 61 ans. Simon McTavish (1750?-1804) : Il occupa une place prépondérante comme traiteur au sein de la CNO et légua 125 000 £ à sa mort. Né en écosse, McTavish émigra à New York et commerça à Détroit et Michillimakinac avant de déplacer ses activités à Montréal à la fin de la Révolution américaine. En 1787, après la mort de Benjamin Frobisher, il s'associa à Joseph Frobisher pour former la McTavish, Frobisher and Co., firme qui assuma pratiquement la direction de la CNO. Il devint le directeur de la CNO et peut-être l'homme le plus riche de Montréal à cette époque. Grâce aux capitaux accumulés avec la traite des fourrures, McTavish acheta la seigneurie de Terrebonne. Là où se trouve aujourd'hui le site historique de l'île-des-Moulins (à Terrebonne, Québec), McTavish construisit une boulangerie, une scierie et une fabrique de barils pour approvisionner les traiteurs dans l'Ouest. En 1803, il entreprit l'érection d'un manoir à Montréal, encore inachevé au moment de son décès en juillet 1804. Sa femme Marie-Marguerite était la fille du traiteur Charles Chaboillez. Après la mort de son mari, elle déménagea en Angleterre. La maison que McTavish occupa d'abord à Montréal existe toujours au 411-425, rue St-Jean-Baptiste, dans le Vieux Montréal. Elle est située dans ce qui était au XVIIIe siècle le quartier des traiteurs de Montréal, près de l'entrepôt de la CNO, encore debout au coin des rues Ste-Thérèse et Vaudreuil. John Richardson et Simon Fraser possédaient également une résidence dans ce quartier. Tout comme pour l'entrepôt voisin de la Forsyth, Richardson and Co., seules des plaques commémoratives sur un immeuble plus moderne rappellent cependant l'emplacement de ces maisons. Surnommé « le Marquis » pour son élégance, McTavish domina les affaires de la CNO dès qu'il devint l'un des associés fondateurs de l'entreprise. John Ogilvy (1769-1819) : Ce natif de l'écosse émigra au Canada, où il devint associé au sein de la firme Parker, Gerrard and Ogilvy. Cette dernière avait de nombreuses activités à Michillimakinac et s'associa plus tard à la Forsyth, Richardson and Co. pour former la Compagnie XY, dont Ogilvy devint l'un des principaux directeurs. En 1804, il signa l'entente de fusion entre la Compagnie XY et la CNO. Vers la fin de sa carrière, il fut nommé commissaire chargé, en vertu du traité de Gand, de fixer les frontières de l'Amérique du Nord britannique et mourut alors qu'il était toujours attelé à cette tâche. John Richardson (1754-1831) : En 1774, il devint apprenti dans la firme Phyn, Ellice and Co. établie à Schenectady, New York. Il ouvrit en 1780 un magasin à Charleston, en Caroline du Sud, en association avec Porteous and Phyn, Ellice and Co. En 1787, Richardson fut envoyé à Montréal pour aider John Forsyth, qui avait quitté l'écosse pour immigrer au Canada afin de travailler dans les bureaux de la Robert Ellice and Co., les représentants montréalais de Phyn, Ellice and Co. de Londres. Trois ans plus tard, après la mort de Robert Ellice, John Forsyth, Thomas Forsyth et John Richardson s'associèrent pour former la Forsyth, Richardson & Co., qui possédaient des intérêts dans la traite des fourrures dans le Sud-Ouest. En 1792, il fut élu à l'Assemblée lors des premières élections générales qui suivirent l'adoption de la nouvelle constitution et, en novembre, sa firme fut admise dans la CNO et obtint deux actions. En 1795, il se retira de la CNO et sa firme devint le fer de lance de la nouvelle Compagnie XY. Bien que la XY fût par la suite absorbée dans la CNO en 1804, la firme Forsyth, Richardson and Co. conclut une association avec la Michillimakinac Company. En 1807, Richardson fut élu membre du Beaver Club. Ce fut aussi l'un des nombreux fondateurs de la Banque de Montréal en 1817; deux ans plus tard, il fut nommé président de la Compagnie des propriétaires du canal de Lachine. Après cette longue carrière bien remplie, il s'éteignit à l'âge de 77 ans. Sa firme fut dissoute en 1847. Angus Shaw (1765?-1832) : Ce traiteur entra au service de la CNO comme commis avant 1787. En 1789, il se trouvait au fort L'Orignal et en 1790, au lac de l'Orignal. Après avoir passé l'hiver au fort George, il devint un associé au sein de la CNO en 1795 et fut élu membre du Beaver Club en 1797. En 1802, il fut nommé agent en charge des postes du Roi dans le Bas-Canada. En 1808, il se joignit à la McTavish, McGillivrays and Co. et fut l'un des agents de la CNO affectés au fort William en 1810-1811. Bien qu'il fût arrêté par Selkirk, Shaw poursuivit ses activités commerciales en demeurant avec sa firme après la fusion de 1821, année où il devint un agent de la CBH à Montréal. Il eut un enfant d'une autochtone et épousa plus tard une sœur de William McGillivray. Il mourut au New Jersey en 1832. | Références |