Introduction aux Manuscrits de la Compagnie du Nord-Ouest

a Division des livres rares et collections spécialisées des bibliothèques de l'Université McGill abrite une importante collection de Canadiana sous forme d'imprimés et de manuscrits. Citons entre autres de nombreux documents sur la traite des fourrures au Canada au XVIIIe et XIXe siècle et, notamment, sur la Compagnie du Nord-Ouest.

Les trente-huit manuscrits et le texte imprimé sur lesquels se fonde cette première étape du projet sur la traite des fourrures sont regroupés sous le nom de Fonds Masson et couvrent la période s'étendant de 1778 à 1837, la plus grande partie de ces documents visant la période de 1790 à 1820 environ. Ce matériel a été acheté en 1904 par l'Université McGill lors de la vente de la bibliothèque de Louis-François-Rodrigue Masson (1833-1903). Un de ces documents a été reçu plus tard en cadeau. Sur les vingt-deux lots décrits dans le catalogue de vente aux enchères comme étant les North West Manuscripts Journal, Letters, McGill en a acheté dix-neuf : deux (le journal de Simon Fraser datant de 1808 et le récit de Peter Grant sur les Sauteux) ont été acquis par la Toronto Public Library et les Memoirs 1784-1804 de Roderick MacKenzie ont été achetés par les Archives nationales du Canada. McGill a également fait l'acquisition de trois autres lots de manuscrits lors de cette vente et ils sont inclus dans le Fonds Masson. Les Archives nationales du Canada ont également en leur possession une collection de manuscrits de Masson, mais ils ne furent pas achetés en 1904. Le Fonds Masson de l'Université McGill est classé sur les rayons suivant la cote MS 472. Chacun des manuscrits arborant cette cote est ensuite classé selon le numéro de lot dans le catalogue de vente de 1904 (MASS 2367), et les sous-sections à l'intérieur d'un manuscrit sont indiquées par des décimales (MASS 2357.1), alors que les manuscrits connexes du même lot portent un numéro assorti d'une lettre (MASS 2367a).

Onze des manuscrits que possède l'Université McGill ont été publiés, souvent en version très abrégée par Masson dans ses deux volumes parus en 1889-1890, Les Bourgeois de la Compagnie du Nord-Ouest : récits de voyages, lettres et rapports inédits relatifs au Nord-Ouest Canadien. Il existe des éditions modernes de certains de ces manuscrits et de plusieurs autres. Mais aucune ne contient l'ensemble des manuscrits de l'Université McGill. En d'autres termes, on n'a jamais traité ces documents comme un tout.

Masson a hérité de ce matériel du grand-père de sa femme, Roderick Mackenzie (vers 1761-1844). Mackenzie, qui avait été l'un des associés de la Compagnie du Nord-Ouest, eut l'idée de réaliser une enquête sur le Nord-Ouest canadien. En 1806, il distribua une circulaire sollicitant de l'information pour son enquête. Il s'intéressait à la géographie, à la longitude et à la latitude, aux montagnes, aux rivières, à la température, au sol, à la flore et à la faune ainsi qu'aux méthodes de chasse, aux autochtones et à leur histoire, à la culture et aux mœurs, au gouvernement et à l'histoire de la traite des fourrures. Sa lettre contenait également une longue liste de termes. Tout cela devait servir à orienter ses informateurs. Mackenzie avait pour modèle The Statistical Account of Scotland, en vingt et un volumes, publié dans les années 1790 par sir John Sinclair. Sinclair avait demandé au ministre de chaque paroisse écossaise de lui fournir une description de sa paroisse. En examinant le Statistical Account, on peut avoir un aperçu de ce que Mackenzie prévoyait de faire de son côté.

Nous citerons à titre d'exemple une réponse reçue à la lettre circulaire de Mackenzie. George Keith, du Département du fleuve Mackenzie, envoya à Mackenzie une série de lettres entre 1807 et 1817 où il décrivait le pays, le climat et les habitants. Il y joignit également une liste de termes ainsi que des histoires des Premières Nations, dont un mythe sur la création.

Parmi les manuscrits de Masson figurent une autre série de lettres de même que des journaux tenus par des gens de la Nord-Ouest et divers documents commerciaux. Dans certains cas, il s'agit d'originaux, dans d'autres, de copies contemporaines — les lettres de George Keith, par exemple, sont des copies contemporaines d'un document sur papier portant l'année 1827 en filigrane. Certains doubles se retrouvent également dans les documents de l'Université McGill — des copies contemporaines ou des copies faites plus tard au XIXe siècle qui, dans certains cas, sont des versions éditées. Il existe une version originale (ou une copie contemporaine) du récit de la mort de Benjamin Frobisher par Samuel Wilcocke ainsi qu'une épreuve d'auteur datant du XIXe siècle.

Bon nombre des manuscrits sont fragiles et l'encre a pâli dans certain cas; à cause de leur état, seules des reproductions photographiques datant du premier quart du XXe siècle peuvent être consultées ces dernières années par les chercheurs. Dans quelques cas, ces reproductions contiennent plus de texte que les originaux. Tous les manuscrits présentent des corrections ou des remaniements, souvent faits par Masson (la page couverture de la plupart d'entre eux étant l'oeuvre de Masson) ou par Mackenzie. Il s'agit d'ordinaire de changements mineurs — un mot — mais, à l'occasion, de changements substantiels apportés au texte, p. ex. des passages concernant les mœurs sexuelles qui sont considérablement modifiés ou éliminés.

En transcrivant les manuscrits de Masson, notre intention n'était pas de produire des éditions critiques. Nous voulions plutôt reproduire le texte original ou de base le plus fidèlement possible. Dans presque tous les cas, les corrections apportées dans le texte ou dans les marges n'ont pas été prises en compte ni transcrites. En revanche, lorsque c'était possible, le texte biffé a été rétabli. La seule exception d'importance est l'ébauche du récit de la mort de Benjamen Frobisher fait par Wilcocke : tous les remaniements et annotations ont été transcrits. En fait, chaque manuscrit a été transcrit selon ses propres particularités.

Le site permet aux chercheurs et aux étudiants d'avoir accès d'une manière différente aux manuscrits de Masson, de sorte qu'il n'est souvent pas nécessaire de consulter les originaux. Il permet également d'avoir accès à cette collection de documents comme groupe, car il s'agit de textes connexes qui ont une même origine : Roderick Mackenzie. Il est dorénavant possible d'étudier ces textes tant du point de vue de leur contenu que de celui de leur contexte et de l'histoire de leur transmission. On peut maintenant, comme jamais auparavant, retracer l'histoire bibliographique ou, si l'on veut, codicologique et intellectuelle de la traite des fourrures.

M. Richard Virr Conservateur des manuscrits Division des livres rares et collections spécialisées Bibliothèques de l'Université McGill


Normes de transcription

L'équipe de transcription a eu à surmonter trois difficultés. Le déchiffrement de certaines mains d'écriture a souvent été des plus ardus, mais est devenu plus aisé avec la pratique. Néanmoins, certaines conjectures ont été placées entre crochets de façon à indiquer clairement les mots qui n'étaient pas clairs ou qui ont été devinés ou reconstruits. Les majuscules ont également posé des difficultés à cause de l'écriture (s'agit-il d'un « c » minuscule ou majuscule?) ou à cause des conventions en vigueur à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle. Nous avons essayé d'être le plus fidèle possible au texte original tout en maintenant une certaine cohérence, mais le résultat final doit souvent beaucoup à l'intuition. La dernière difficulté tenait à la ponctuation. Nous avons suivi la ponctuation du manuscrit lorsque celle-ci était claire. Mais dans bien des cas, la ponctuation était erratique, voire inexistante; dans quelques cas, la ponctuation semblait se résumer à des tirets. Nous n'avons pas imposé de structure de phrase lorsque des passages étaient ambigus, nous avons préféré laisser courir le texte. Mais lorsqu'il existait clairement une phrase, bien qu'elle ne fût pas indiquée, le passage est devenu une phrase dans la transcription. Notre politique était très prudente à cet égard. Nous avons également adopté la convention moderne consistant à terminer les phrases par un point et à les faire débuter par une majuscule, même si ce n'était pas la pratique dans le manuscrit; dans tous les cas, cependant, ces éléments apparaissent entre crochets.

Nous avons utilisé les conventions suivantes :

1. Les crochets [...] sont employés pour les ajouts éditoriaux, les interprétations et les reconstructions. En particulier, le texte entre crochets qui n'apparaît pas sur l'image balayée par lecteur optique a été établi à partir du manuscrit dans le cas de texte caché par des plis du papier ou à partir de la reproduction photographique lorsque cette dernière contient plus de texte.
2. Nous avons eu recours à la couleur mauve pour indiquer les ajouts au texte figurant dans le manuscrit ou les passages qui portent des traces de ratures et de réécriture.
3. Le texte rayé d'une ligne indique les suppressions dans le manuscrit.
4. Nous n'avons pas pris en considération ni transcrit les corrections en marge à moins qu'elles ne soient de la main du scribe original. Il n'était pas toujours possible de déterminer qui avait apporté ces corrections.
5. Nous avons en général suivi la ponctuation du manuscrit, mais les tirets en fin de phrase ont été transcrits par un [. ].
6. Le point sous une lettre en exposant n'a jamais été transcrit.


Citation des documents

Il est recommandé de citer les documents apparaissant sur ce site Web de la façon suivante :

Auteur, titre, numéro de page, MS 472, MASS 23XX, Division des livres rares et collections spécialisées, Bibliothèques de l'Université McGill; [date j/m/a] <http://xxxxxxxxxxxxxxxx>